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Retrouvez les textes de Guillaume LeBlanc, Dominique Reynié et Rob Riemen, intervenants du premier débat de la série « Au Peuple! » le 5 décembre au Théâtre de la Croix-Rousse.

 

C’était bien cela l’hypothèse Sieyès, affirmant envers et contre tout la volonté du Tiers-Etat d’être quelque chose alors même qu’il est presque tout et qu’il est pourtant traité comme s’il n’était rien. Et c’est bien cela également l’hypothèse des Indignés quand ils clament « nous sommes 99% ».

Quand le peuple se cherche, par Guillaume Le Blanc (in English here)


Dans le peuple, il n’y a pas de mari violent, pas de menteur, pas de truqueur, pas de voleur, pas un commerçant qui ne rend pas la monnaie, pas un salarié qui se la coule douce, pas d’incompétent, pas de propriétaire sans vergogne, pas de locataire sans gêne, pas de fils ingrat, pas de mère indigne. Le peuple est une assemblée faite du meilleur de nous-mêmes.

Ce peuple qui n’existe pas, par Dominique Reynié (in English here).

L’avenir apportera le bonheur universel, cela ne fait aucun doute.

Le paradoxe de la démocratie, par Rob Riemen (in English here).

Prochainement…
Quand le peuple agit : révoltes, révolutions, réformes. Jeudi 12 janvier à 20h30 au Théâtre de la Croix-Rousse
Quand le peuple décide : le vote en question. Jeudi 9 février à 20h30 au Théâtre de la Croix-Rousse.

Le 4ème épisode est disponible en téléchargement.

4.

Un pays qui connaît un afflux de richesse soudain et prend brutalement ses distances avec le passé tend à produire des individus aux trajectoires fulgurantes, qui semblent plus ou moins sortis de nulle part. Quelques jours après les Trophées des Marques Prestige, un ami me renvoya vers le rapport annuel des richesses qui venait d’être publié par la banque d’investissement Merrill Lynch. Avec 100 000 millionnaires, l’Inde y était classée au deuxième rang des producteurs de richissimes, juste après Singapour. J’imaginai une usine débitant des millionnaires à la chaîne et me promenai sur les sites de Forbes et de The Economist, avec l’impression qu’ils m’offraient une vue du pays dans sa globalité : une vision un peu étourdissante, comme depuis un satellite, tellement différente de celle qu’on a depuis la terre. Les articles en ligne s’illustraient de graphiques soignés où des tours jaillissaient de la carte de l’Inde, plus ou moins hautes en fonction de la concentration de richesses personnelles dans chaque ville. Bombay, aujourd’hui Mumbai, avait la plus grande tour, assez logiquement. C’est là que Mukesh Ambani, l’homme le plus riche d’Inde – et dont les médias nationaux avaient carrément prétendu faire, en octobre 2007, le plus riche du monde, devant Bill Gates et Warren Buffet – prévoyait d’ériger un gratte-ciel dans le quartier le plus cher de la ville. Haut de 60 étages, il ne compterait en fait que 27 niveaux, pour ménager des hauteurs sous plafond vertigineuses, et les seuls résidents seraient la famille Ambani et les six cent domestiques de leur cohorte.

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Troisième épisode de notre feuilleton, par Siddhartha Deb. L’épisode est disponible ici, ou, en téléchargement, ici. Le deuxième épisode est ici.

3.

Un soir, je reçus d’un des innombrables factotums d’Arindam un SMS m’invitant à me rendre au Park Royal Hotel de South Delhi. L’auto-rickshaw que j’avais arrêté passa devant le chantier bientôt achevé du Select Citywalk, un nouveau centre commercial, rêve pharaonique de verre et de granit surgi au milieu d’une chaussée défoncée où des travailleurs journaliers se serraient sous de minuscules abris en tôle de plastique. La route qui menait au carrefour de Chirag Delhi était encombrée : la cohue des véhicules se trouvait reléguée sur des voies étroites par le dégagement d’un large couloir central où l’État voulait créer une voie express réservée aux bus. L’embouteillage dura jusque sur Ring Road, avec les bus, les voitures et  les motos qui se disputaient le peu d’espace, et je fus soulagé de descendre devant le Park Royal, où une pancarte interdisait l’accès aux auto-rickshaws.

Je gravis le chemin escarpé qui menait à l’imposante structure brutaliste de l’hôtel. Les gaz d’échappement et la chaleur estivale laissèrent place à une fraîcheur artificielle quand je passai la porte, deux portiers s’inclinèrent devant moi et sur la moquette épaisse le temps lui-même parut ralentir son cours, soucieux de ne pas brusquer les nouveaux riches indiens et les touristes étrangers qui déambulaient dans les restaurants haut de gamme et les boutiques d’artisanat. J’étais là pour les Trophées des Marques Prestige, un événement organisé par 4Ps, l’un des trois titres de presse économique publiés par Arindam. L’affiche dans le hall – des lettres d’or sur un fond rouge disposées de sorte à évoquer une partie de Scrabble – était ridiculement petite et il me fallut un moment pour trouver où l’événement avait lieu.

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Deuxième épisode de notre feuilleton, par Siddhartha Deb. L’épisode est disponible ici, ou, en téléchargement, ici. Le premier épisode est ici.

2.

Arindam avait la peau beaucoup plus foncée que sur sa photo et des cheveux lustrés attachés en queue de cheval. Un costume bleu à  fines rayures et une chemise blanche ouverte à un bon tiers sur un torse glabre. Des bagues aux doigts, des lunettes de créateur aux branches incrustées de pierreries. Boutons de manchette, chaussettes losange, mocassins cirés. La débauche de surfaces réfléchissantes créait un effet de saturation, qu’atténuait toutefois le côté juvénile du personnage. Arindam avait trente-six ans – il était plus jeune que moi – et l’air d’un gamin, surtout quand il soulignait d’un wow sarcastique les faits et dires de quelque détracteur ou rival. Notre rencontre eut lieu sur le campus de Delhi, dans une salle de réunion coincée entre un bureau en open space et une enfilade de salles de cours.
Le mobilier était rouge et bleu vif, un vidéoprojecteur dessinait un rectangle de lumière au mur, une cinquantaine de chaises étaient empilées dans un coin. Nous nous installâmes l’un en face de l’autre au bout d’une longue table. Deux heures plus tard, je frissonnais dans ma chemisette d’été et la toile légère de mon pantalon sous l’effet de la climatisation vigoureuse mais Arindam était lancé. Tout juste s’il ralentit le débit de sa parole à l’arrivée des Coca et sandwichs au poulet servis par un de ses employés dans des gobelets et assiettes en carton. Il n’était pas parti de rien. De son père, Malay Chaudhuri, il avait hérité une école de commerce fondée en 1973. Mais cette première version de l’établissement n’était pas franchement à la pointe. À la nuit venue les bureaux, dans une maison d’habitation à South Delhi, se transformaient en chambre à coucher. Quant à Gurgaon, le quartier où était sise l’école proprement dite, c’était l’endroit le moins développé de la terre. Je comprenais qu’il insiste : Gurgaon, un faubourg de Delhi dans l’État d’Haryana, est aujourd’hui une banlieue moderne, avec des résidences de luxe, des centres commerciaux et des parcs de bureaux pour multinationales.  À quarante minutes de South Delhi par la nouvelle autoroute, c’est une ville satellite où le gratin des professions libérales peut faire ses achats dans une filiale du grand magasin londonien Debbenhams ou manger du boeuf importé dans un restaurant argentin. Mais dans les années 70, quand le père d’Arindam y implanta ses locaux, il faut imaginer quelques routes de terre à travers des champs de blé, une desserte électrique et téléphonique balbutiantes, un genre de no-man‘s-land entre Delhi et son vaste arrière-pays rural, où une école de commerce ne devait pas sembler très différente d’un de ces groupuscules ésotériques qui tendent à fleurir en Inde.

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« En Inde, un homme prodigieusement riche qui suscite méfiance et hostilité est un drôle d’animal,un poisson qui a rendu troubles les eaux dans lesquelles il navigue. »

Siddhartha Deb a été journaliste en Inde, collabore régulièrement à de nombreux journaux, enseigne à la New School  for Social Research à New York et a publié deux romans salués par la critique ainsi qu’un ouvrage de non-fiction, The Beautiful and the Damned, paru en 2011 chez Viking en Grande Bretagne et Faber & Faber aux Etats-Unis.
À travers une mosaïque de portraits, il évoque dans ce dernier livre une société indienne à mille lieux du tableau radieux qu’en peignent les apologues d’un nouvel âge doré.
Nous vous proposons d’en lire le premier chapitre, initialement publié dans la revue n+1 et traduit par Julie Etienne, à raison d’un épisode par semaine.
L’épisode d’aujourd’hui est également disponible ici ou, en téléchargement, ici.

1.

En Inde, un homme prodigieusement riche qui suscite méfiance et hostilité est un drôle d’animal, un poisson qui a rendu troubles les eaux dans lesquelles il navigue. Le halo d’admiration qui nimbe les riches et les puissants s’est dissipé avant d’avoir pu l’envelopper, signe que quelque part quelque chose n’a pas pris. Sous le lustre de l’opulence et le vernis du pouvoir affleure un échec dont celui auquel il s’attache, nonobstant son attirail luxueux, n’a pas tout à fait conscience. Telle était la situation d’Arindam Chaudhuri quand je fis sa connaissance en 2007. Il s’était élevé à une position de richesse et d’influence, en grande partie à force de projeter l’image de quelqu’un de riche et d’influent. Et pourtant, dans le même temps, il avait aussi projeté l’image inverse, s’attirant bien malgré lui une réputation d’imposteur, de parvenu et d’escroc.
L’imposture et l’escroquerie, j’y reviendrai. Mais on ne peut pas nier qu’Arindam ait réussi en un temps record. En une dizaine d’années il a bâti un empire, mais un empire si nébuleux, et au terme d’une ascension si fulgurante, qu’à moins d’être particulièrement sensible à la question de l’argent et de la répercussion de son afflux sur la société indienne, on pouvait très bien n’avoir jamais entendu parler de lui.  Toutes les années de son ascension météorique, j’ai vécu sans rien savoir d’Arindam Chaudhuri. Une fois introduit dans le champ de ma conscience, en revanche, il se mit à m’apparaître partout : dans les magazines de son groupe de presse, aux couvertures criardes et gros titres navrants qui m’alpaguaient depuis les petits kiosques en briques et tôle de plastique ; les immeubles en verre à l’intérieur desquels  j’imaginais des jeunes gens studieux appliqués à assimiler ses principes de leadership ; et jusqu’au mini-écran devant mon siège sur le vol Delhi-Chicago, quand je constatai que le producteur de mon film n’était autre que lui. Le film en question, à petit budget et tourné sans acteurs connus, racontait une histoire de gangsters dans les rues de Bombay et s’intitulait – est-ce un hasard – Mithya, qui veut dire “mensonges”.

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Last monday at the New School, disruptive kinships were the topic discussed between three major figures of critical theory and literature.

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The prologue and epilogue of this discussion was written by Jay Gottlieb and his piano. Literally playing with the notion of « affinities » with its vast resonances, Jay Gottlieb’s performed  a musical program that echoed the debate of the evening.

 

Photo credit : Dorothy Hong—Koboy